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En exclusivité, Olivier Breton, directeur de la publication du célèbre magazine franco-allemand "ParisBerlin", a accepté de répondre à nos questions. Il nous présente ainsi divers aspects de son magazine : les coulisses, les objectifs... Bonne lecture !
1) Bonjour. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous...
À 47 ans je suis un peu plus âgé que vous, et j'ai au moins la chance –de par ce fait - de cumuler plusieurs expériences enrichissantes :
après des études en Lettres Supérieures, et un DEA de à Paris VII, j'ai enseigné les Lettres et la Philosophie. Puis j'ai commis quelques
ouvrages de commande et exercer le métier de journaliste pendant une dizaine d’années. Au début des années 90 j’ai construit un des premiers
groupes de communication éditoriale en France que j'ai vendu au Groupe Publicis au début des années 2000. À partir de ce moment je suis devenu
un des Vice-Présidents de ce Groupe (3ème groupe mondial de publicité et de communication) et en même ai exercé la direction d'une de ces
Agences leader sur les contenus web et print, l'Agence Verbe.
En 2008, j'ai décidé de repartir sur une aventure entrepreneuriale en mêlant mes différentes expériences professionnelles c'est-à-dire en
croisant les métiers de la presse (contenus à forte valeur ajoutée) et de la communication (contenants tenant compte des cibles et/ou des lecteurs).
Pour ce faire j'ai créée l'Agence Européenne de Contenus, ALL CONTENTS, qui dispose de bureaux à Paris, Berlin, Milan et Bruxelles. Nous sommes
aujourd'hui plus d'une vingtaine de salariés, issus de sept nationalités différentes, et avons la chance de travailler pour plusieurs
grands groupes internationaux. Pour eux nous réalisons des magazines, (internes, externes), des rapports annuels, des agences presse intégrées,
des politiques de contenus et de sensibilisation à des problématiques telles le DD ou la RSE, des observatoires de tendance, des stratégies
digitales etc. Et bien sur nous avons eu l'idée et l'envie d'y créée une véritable plate-forme de communication entre la France et l'Allemagne
dont le magazine ParisBerlin est le navire amiral.
2) Qu'est-ce que ParisBerlin ? Quels sont les principaux domaines traités dans le magazine ?
ParisBerlin est avant tout un magazine mensuel qui existe depuis 2004. Il est édité en moyenne à 15 000 exemplaires, diffusé en kiosques
(en France et en Allemagne), par abonnement ; dans la plupart des lieux du franco-allemand ; à bord des avions de la compagnie Air Berlin ;
et de Citynightline (la ligne ferroviaire entre Berlin et Paris).
Les articles ou sujets sont traités simultanément en deux langues selon un principe original : les journalistes allemands écrivent en allemand et
doivent résider en France et inversement. Cela permet de maintenir une vraie curiosité et une observation fine des différences interculturelles.
Les thèmes quant à eux sont tous contemporains (nous ne traitons jamais de problématiques historiques) et d’une grande variété puisque nous
couvrons en cinq parties distinctes les domaines Politique, Economique, Société, Culture et Europe (dans sa relation avec la France-Allemagne).
Nous travaillons à rendre ces sujets exclusifs, vivants et actuels, et espère t-on intéressants. L’ensemble de ces contenus ont des prolongements
sur nos blogs (ParisBerlin 2030), site internet où est porté chaque jour l'actualité culturelle dans les deux pays (parisberlinmag.com) et bien
sur les réseaux sociaux tels Facebook et autres fils Twitter.
3) Quel est votre rôle en tant que directeur de la publication et depuis quand exercez-vous cette mission ?
Cela va faire la quatrième année que je consacre la majorité de mon temps à développer ce dispositif éditorial complexe, stratégique et original.
En tant que tel je suis naturellement amené à concevoir la politique éditoriale générale du Magazine. Une mission que je mène en étroite
collaboration avec Henri de Bresson, rédacteur en chef de ParisBerlin et anciennement patron des Affaires européennes au Journal le Monde
pendant une trentaine d'années.
Par ailleurs je suis fréquemment appelé à intervenir dans le débat franco-allemand dans un certain de débats, table-rondes, conférences.
Enfin et je dirais presque surtout j'ai créé et anime en amont de ParisBerlin un think-tank assez confidentiel qui œuvre à imaginer des
pistes de prospective européenne à base de franco-allemand. Font partie de ce think tank, présidé par Daniel Cohn-Bendit, des entreprises
prestigieuses concernées par le sujet : Bosch, Arte, EADS, WW, CMS-BFL, la fondation Hippocrène, Alcan… Les sujets que nous y traitons sont
multiples : la désindustrialisation, les medias, l'apprentissage etc…. Nous nous réunissons une dizaine de fois par an avec des experts
venus de tous les horizons et mettons en perspective, et nos connaissances, et nos expériences. L'ensemble des débats font l'objet
d'articles et de compte rendus, et sont généralement adressés à des leaders d'opinion et à des décideurs politiques et institutionnels.
Ce Club qui entame sa troisième saison en France va être dupliqué en Allemagne dès 2012 et placé sous la responsabilité de Cécile Calla
auparavant Correspondante du Journal Le Monde à Berlin.
4) Comment se prépare une édition ?
Nous disposons de deux rédactions. L'une est dirigée à Paris par Nina Drewes (qui nous rejoint après un passage au Frankfurter et Radio France) ;
l'autre à Berlin par Hanna Irmisch (anciennement journaliste à la ZDF et à la télévision du Land de Berlin, la RBB). Chaque rédaction se réunit
séparément tous les mois, recrute ses propres collaborateurs pigistes (une trentaine en tout), et réfléchit à l’actualité en cours. De ces débats
une première synthèse est dressée que nous partageons dans un Comité restreint de quelques 6 personnes où les décisions finales se prennent. Puis
nous commandons les sujets.
Par ailleurs nous travaillons sur des Dossiers plus pointus (qui concernent 12 à 16 pages de chacune de nos livraisons) avec trois quatre mois
d'avance qui demandent enquêtes et réflexions plus approfondies. Dans ce cas de figure il nous arrive de faire appel à une rédaction en chef
déléguée.
5) La devise de ParisBerlin est "Magazine pour l'Europe". Qu'est-ce que cela signifie ?
Clairement notre projet depuis l'origine est l'Europe au sein de laquelle se trouve la France et l'Allemagne avec près de 50 % du PIB global.
Il nous semble que tout projet européen qui ne prend pas cela en compte est amené à parler à propos de l'Europe mais ne contribue pas à la faire.
Nous avons donc décidé de 1- nous consacrer d’abord à l'axe franco-allemand, 2- trouver un lectorat qui partage nos convictions puis seulement
puis 3- agréger les autres pays européens un par un de façon naturelle. C'est-à-dire en cherchant des lecteurs et en cherchant à les convaincre du
bien fondé de notre démarche d'européens. Pour ce faire nous nous appliquons à la description de cas concrets, essayons d'en décrypter les
mécanismes de réussite ou d'échec, et faisons découvrir les spécificités des uns et des autres. Il me semble que si on fait cela par décret
technocratique sur 27 pays, on ne parvient qu’à dissoudre l'intérêt des lecteurs ou à rendre impossible une vision juste, décourageante.
Nous partons donc du tandem franco-allemand qui nous semble le socle de cette Europe et peu à peu inviterons les autres pays (pour autant que nous
puissions convaincre des lecteurs et trouver les moyens financiers ad hoc) à nous rejoindre. D'ores et déjà nous menons plusieurs démarches en
direction de la Pologne à la faveur du Triangle de Weimar et de Bruxelles qui reste la clé institutionnelle de l'Europe.
6) Quel est votre point de vue sur le couple franco-allemand actuel ?
Nous rêvions être passé dans une phase de co-construction paisible, paritaire et rationnelle (après celles de la réconciliation, de la coopération
et de la banalisation). Force nous est de constater qu’aujourd'hui la crise a tendue nos relations bilatérales. Et l'Allemagne forte de sa
réussite économique actuelle a pris le leadership sur la quasi totalité des sujets européens. Pas étonnant qu'aujourd’hui les journaux allemands
titrent sur « l'Europe de Merkel », et les journaux français sur la « Bonne entente franco-allemande ». Il y a donc évidemment une tendance de
l'Allemagne à jouer cavalier seul et à ne plus considérer la France dans toute l'étendue de son exclusivité d’hier ; et en France une tendance
à chercher coûte que coûte, vaille que vaille l’appui, la coordination et la caution allemande. Une attitude qui mérite d'être pesée et qui
pourrait se retourner contre ceux qui la véhiculent : et notamment si un renversement de tendance économique se faisait sentir en Allemagne,
ou si la France après la Grèce et l'Italie décrochait à son tour : elle aurait un coupable tout trouvé en l'Allemagne qu’elle accuserait de ne
pas jouer son rôle de partenaire à part entière.
Partant de là nous favorisons quant à nous, une relation respectueuse et équilibrée : ni idéaliste, ni passéiste, ni strictement économique.
D'excellentes choses se font entre les deux pays (en matière sociale, culturelle…) : au vu de celles-ci nous préconisons un développement
harmonieux qui tienne compte de nos différences assumées, respectives et pérennes. Le reste ressemble à des postures conjoncturelles, et/ou
politiques donc risquées.
7) Pour terminer, que pensez-vous de "Willkommen in Deutschland" ?
Nous encourageons tout ce qui favorise la connaissance de l'Allemagne et/ou de la France. Et sommes convaincus que malheureusement nous ne
connaissons pas assez les uns les autres : quel français connaît (vraiment) l’Allemagne et y va passer ses vacances ? Les Allemands passent
certes (souvent) leurs vacances en France mais ne la connaissent pas toujours très bien non plus. Donc à nos yeux Wilkommen in Deutschland fait
œuvre utile.
ParisBerlin est partenaire d'une centaine d'événements par an (des plus institutionnels ou plus pointus) et nous sommes témoins du peu de relais
dont ils bénéficient malgré souvent leur grande qualité. Un media qui s'emploie à cette tâche, qui encourage la découverte et la curiosité,
partage nos convictions et en tant que nous estimons le travail que vous menez.