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Pascal Thibaut, correspondant de RFI à Berlin, nous résume l'actualité politique en Allemagne des trois derniers mois. Nous le remercions pour sa participation au webzine. Bonne lecture !
L'Europe aura dominé clairement comme dans les pays voisins l'actualité politique allemande des dernières semaines. Depuis l'été, on a vu une
chancelière Merkel longtemps critiquée –surtout en France- pour ses hésitations sur la crise de la dette changer de braquet et s'imposer comme la
locomotive dans les négociations. Il est vrai comme l'a souligné dans un commentaire le quotidien "Süddeutsche Zeitung" que Berlin est quasiment
le seul pays de la zone Euro a être dans une position favorable ; d'autres pays sont en mauvaise posture économique et/ou financière ou ont dû
changer de gouvernement au milieu du gué.
Ce rôle de leader de l'Allemagne soucieuse d'imposer ce qu'Angela Merkel a baptisé "la culture de stabilité" a provoqué des grincements de dents à
l'étranger. On l'a vu aussi en France où une certaine fascination pour le modèle allemand que le président Sarkozy exprime de plus en plus souvent
va de pair avec la réapparition des vieux tropismes liés au déclin français et à une domination germanique.
On oublie parfois un peu vite en France que si Angela Merkel a imposé un renforcement des règles de stabilité en Europe pour éviter qu'à l'avenir
une nouvelle crise de la dette ne se reproduise, la chancelière a aussi mis pas mal d'eau dans sa bière. On sous-estime aussi par manque de
connaissance des subtilités allemandes –ou par simplification- les contraintes auxquelles Angela Merkel doit faire face qu'il s'agisse de ses alliés
libéraux et chrétiens-sociaux bavarois chez qui l'euro-scepticisme gagne du terrain. Ou en raison des limites imposées par la cour constitutionnelle
de Karlsruhe à de nouveaux abandons de souverainté en faveur de l'Europe.
Les bisbilles au sein de la coalition au pouvoir à Berlin ont continué à l'automne de défrayer la chronique tant les querelles et la gestion médiocre
des alliés libéraux et chrétiens-démocrates laisse pantois. Le parti libéral notamment se morfond toujours dans des abysses en terme de popularité
comme l'ont montrés ses résultats dérisoires lors des élections de Berlin en septembre, deux ans après un score historiquement élevé lors du dernier
scrutin national.
La chute de la maison FDP que la nouvelle équipe emmenée depuis le printemps par le jeune ministre de l'Economie Rösler va de pair avec d'autres
évolutions dans le paysage politique. La principale d'entre elles aura été cet automne la percée spectaculaire lors des élections berlinoises des
pirates qui ont séduit 9% des électeurs et seraient présents demain au Bundestag, le parlement national, si un vote avait lieu. Une présence qui,
si elle s'affirme, reflète un vote protestataire et rend une alternative politique au profit des traditionnels alliés sociaux-démocrates et Verts
plus difficile. Ils ne disposent ensembles plus d'une majorité absolue dans les sondages. Les premiers emmenés par Sigmar Gabriel se remettent
lentement de leur défaite historique d'il y a deux ans. Certains scrutins régionaux cette année les ont regonflés mais leur étiage bas dans les
sondages demeure. Ils doivent encore règler la question de leur candidat à la chancellerie avec trois noms en piste : le patron du parti Gabriel,
l'ancien ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et l'ex-grand argentier Peer Steinbrück. L'avenir dira si le virage à gauche lors
de leur congrès cet automne avec des hausses d'impôts prévues pour les plus riches –une tendance qu'on retrouve chez les Verts- s'avèrera payante.
Il leur faudra –sauf surprise a priori exclue- patienter encore jusqu'en septembre 2013 pour être fixés sur leurs résultats électoraux. Si la CDU
d'Angela Merkel ne se porte pas si mal dans les sondages –à un niveau historiquement faible il est vrai- elle devra pour rester au pouvoir se chercher
d'autres partenaires, une prolongation de la coalition avec les libéraux paraissant difficilement imaginable vu l'état de déliquescence avancé de
ces derniers.
La très pragmatique Angela Merkel pourrait rester au pouvoir à la tête d'une nouvelle grande coalition –ce qui n'enthousiasmerait pas les
sociaux-démocrates pour qui la dernière édition a été électoralement très douloureuse. Ou bien on assistera à la naissance de nouvelles
constellations comme par exemple une alliance entre la CDU et les Verts. La fin de la guerre de tranchées idéologique sur le nucléaire rend un
tel scénario envisageable.